Chateaubriand entre L’Essai sur les revolutions et Le Genie du christianisme:l’apparition d’une conscience chretienne - Diana Mite
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Autor: Diana Mite
Chateaubriand entre L’Essai sur les revolutions et Le Genie du christianisme:
l’apparition d’une conscience chretienne
Iasi, 2009
135 pagini
Chateaubriand entre L’Essai sur les révolutions et Le Génie du christianisme: l’apparition d’une conscience chrétienne
Pour une étude qui se propose d’analyser la spécificité de la conscience chrétienne dans les oeuvres de jeunesse de Chateaubriand, il nous semble nécessaire de commencer notre argumentation par quelques précisions préliminaires à l’égard de la notion de « visage de la Providence ». Dans l’espace culturel judéo-chrétien, le thème de la recherche de la face de Dieu n’est pas un sujet marginal; la recension des occurrences du mot panim <hb. face dans l’Ancien Testament montre que sur un total de quatre cents références, dont la plupart se réfèrent à des êtres humains ou à d’autres intermédiaires, une centaine d’entre elles se rapportent à Dieu lui-même. Comment pourrait-on expliquer ce désir de voir Dieu dans un culte foncièrement iconoclaste qui semble rejeter toute forme de visualisation ? Pourquoi serait-on toujours à la recherche du visage divin en sachant que toute image en est d’emblée marque de fausseté?
Ce serait précisément dans ce refus de réduire Dieu à un objet que l’on pourrait se représenter, à une chose particulière, tangible, susceptible d’être matérialisée, que consiste la spécificité de la tradition vétérotestamentaire; libéré des contraintes du culte des images, l’Ancien Testament propose une notion revêtue de dynamisme que le simple déchiffrage ne saurait rendre visible. Ce que l’on comprend généralement par « la face de Dieu » n’est en soi ni un concept, ni une image, mais une réalité spirituelle cachée qui devient visible afin de tracer une voie, de susciter un engagement personnel et un mode d’existence. Dans ce sens, les exemples recensés par Simian-Yoffre ne doivent pas être pris comme des occurrences à caractère descriptif; dans Os 5 :15, Dieu dit à propos d’Israël : « Je vais regagner ma demeure jusqu’à ce qu’ils s’avouent coupables et cherchent ma face ; dans leur détresse, ils me rechercheront ». C’est un passage qui doit être interprété plutôt dans les termes d’une relation qui suppose des prises de position, des attitudes bien discernées de la part de celui qui est à la recherche du visage divin en dernière instance, un certain type de conduite. De la même manière, lorsque l’on trouve dans le Psaume 17 l’image du juste qui va contempler la face de Dieu, « dans la justice », pour un véritable rassasiement, il ne faut envisager ni l’espoir d’une jouissance des yeux, ni d’un ravissement de l’esprit, mais l’hypostase du croyant qui attend d’être illuminé par son Créateur et qui se réjouit de sa révélation . Simian-Yoffre synthétise cela de la façon suivante : « En raison de son aptitude à exprimer des sentiments et des réactions, p?nîm désigne le sujet en tant qu’il se tourne vers les autres. C’est-à-dire, en tant qu’il est sujet de relations. p?nîm est un terme qui décrit des relations. » Ce serait à partir de l’aspect relationnel que ce mot est censé désigner dans l’Ancien Testament que l’on est arrivé à comprendre la notion de « personne », de « Dieu personnel » et finalement de « Dieu vivant »: épuré des résidus iconodules qui réduisaient la divinité à un objet cultuel et qui figeaient une energeia désormais appauvrie, le terme hébreu p?nîm fournira, à côté du nom, l’identité de Dieu en tant que prosopon ou persona, comme initiateur d’une alliance rédemptrice avec la création déchue.
De façon analogue, l’expression maximale du visage de Dieu pour le monde, son visage concret, dépasse la fixité de toute représentation discursive et comporte un dynamisme eschatologique; la figure du Christ est, avant tout, kérygme, l’annonce du Royaume, d’une nouvelle existence, et sequela, la voie personnelle vers le Royaume. La recherche du visage christique exige une attitude, une réponse par laquelle on s’engage dans le parcours vers la véritable guérison que suppose cette existence nouvelle; un vrai défi, d’ailleurs, pour les représentants de la littérature chrétienne de surprendre et de rendre sensible une figure qui n’est en soi ni image, ni concept, mais doublement relationnelle: une figure de rédemption aussi bien que, par antonomase, une figure de communion.
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